Armel Guerne

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La nuit veille

Introduction de Jean-Yves Masson


Fiche technique du livre : cliquez ici.

 

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mounir hafez
L'auteur – Une vie de travail dans un corps à corps avec la langue – c'est l'image qui s'impose à mesure que l'on chemine dans l'œuvre d'Armel Guerne : écrivain, poète, traducteur, il semble qu'il ne le fut tour à tour que pour les éditeurs qui publièrent l'auteur et pour ceux (rarement les mêmes) qui lui passaient commande de traductions. Le lecteur attentif, aujourd'hui peut-être plus encore que de son vivant, lit Armel Guerne en lisant « son » Moby Dick comme les récentes rééditions de ses poèmes et de ses textes d'engagement : il suffira de découvrir l'Hymne acathiste qu'il a transcrite dans le volume Vierges romanes [1], puis – si la chance de réunir ces deux livres vous advient – ses poèmes et proses poétiques de Jours de l'Apocalypse pour faire l'étrange expérience d'une langue qui, techniquement, est la sienne mais organiquement la nôtre.

Son œuvre de traducteur le place parmi les quelques grands contributeurs aux lectures de la seconde moitié du vingtième siècle – par la teneur et l'ampleur de la tâche, on songe à un Pierre Leyris, l'autre grand passeur de Melville. Dès 1957 – six ans avant les deux volumes de « La Pléiade » –, toute découverte des Romantiques allemands était redevable au superbe travail de littérature humaniste d'Armel Guerne, tel que le qualifia un critique de l'époque. La réédition de son anthologie par les éditions Phébus en 2004 [3] a, de nouveau, suscité l'enthousiasme et l'admiration. Nombre de pages françaises de Kawabata, de Klee et de Kandinski, de Lao Tseu ou de Stevenson portent la trace invisible de ses nuits de labeur ; sans passer sous silence qu'il maîtrisa le premier les résistances de citadelles réputées imprenables comme Le Rêve dans le pavillon rouge de Ts'ao Siue-Kin (Cao Xueqin), qu'il s'en prit à des monuments classés tel Les Milles et Une Nuits, les Poèmes et Sonnets de Shakespeare ou le chef-d'œuvre de Melville – donnant, la même année que La nuit veille, une lecture de Moby Dick assurément plus vigoureuse, plus connivente peut-être avec l'original que celle de Giono.

L'œuvre personnelle – intime – d'Armel Guerne porte le fer des années de Résistance : foi en l'Homme et colère contre l'homme dans sa petitesse confèrent à la langue des rougeoiements de forge : Mythologie de l'Homme, Danse des morts… de brèves et denses livraisons qui jalonnent l'impressionnante production du traducteur. Relevons seulement – c'est presque tout dire – que le typographe, éditeur et poète Guy Lévis Mano accueillit dès 1938 (Guerne a vingt-sept ans), à l'enseigne de sa maison d'édition (GLM), et sa traduction des Hymnes à la Nuit de Novalis, et son premier recueil, Le Livre des quatre éléments.

Jean Moncelon évoque dans le premier numéro d'Aurora l'amitié féconde, exceptionnelle, qui lia Mounir Hafez et Armel Guerne. La croisée de leurs cheminements singuliers offre une belle justification à la parution conjointe de la réédition de La nuit veille et des conférences inédites de Ce Moi sur lequel ma vie ne peut rien.

 

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Le livreUne science des rêves serait une science des sciences, écrit Armel Guerne dans La nuit veille.

Publiée en 1954, l'assertion siffle comme un coup de sabre : le freudisme – qui se donne précisément pour cette science – a constitué ses écoles et s'apprête à vendre ses produits sur les marchés de masse ; et le livre qui contient cette phrase ne saurait emprunter de voie plus radicalement étrangère au concept viennois de l'inconscient. Les textes qui constituent la part essentielle de La nuit veille opèrent aussi à l'opposé de l'écriture automatique pratiquée depuis quelques lustres par les amis d'André Breton (en 1945, la pratique a montré ses limites, ce n'est pas par ses jeux que le surréalisme marquera durablement son siècle). Ajoutons enfin que les fervents de la poésie qui s'affiche telle sont souvent les premiers à éprouver la plus grande gêne devant la prose sublimée, celle dont la critique n'a jamais tranché s'il convient de la compter comme poétique, ou de l'excepter de toute classification (dire seulement qu'elle s'exerce aux limites de ce que l'homme sait obtenir de la langue). Tout concourt donc à ce que ce livre inclassable, que publient les éditions Desclée de Brouwer – et qu'elles pilonneront quelques années plus tard, appliquant la clause de mévente prévue dans les contrats d'auteur –, ne rencontre pas d'emblée ses lecteurs.

Armel Guerne a toutefois pris soin d'adjoindre un cinquième « livre » aux quatre temps qui scandent La nuit veille : les trente dernières pages rassemblent des fragments (d'où sont tirés les extraits offerts par le lien ci-dessous) qui consentent un pudique demi-jour, un clair-obscur propice à la lecture des deux cents pages qui les précèdent. De sorte que La nuit veille est aussi un livre de ronde, qui impose de repasser dix fois sur ses propres pas, l'arme à l'épaule, dans la plus épaisse solitude – livre de la vigie, dont le dictionnaire nous rappelle que ce mot désigna d'abord le guetteur chargé, sur une côte, de surveiller le large.

Nulles mieux que ces pages ne pouvaient, sans doute, laisser entrevoir ce qui put nourrir le dialogue d'une vie entre l'homme de l'écrit, que fut Armel Guerne, et Mounir Hafez, l'homme de parole dont la collection « D'Orient et d'Occident » fixe l'enseignement oral en quelques-uns de ses moments.

D.A.

 

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Une œuvre activement rééditée

En publiant cette nouvelle édition de La nuit veille, InTexte participe à un travail éditorial actif que suscite, sur la durée, l'œuvre d'Armel Guerne. On trouvera ici la liste des titres aujourd'hui disponibles (traductions et textes). Alors que la plupart des autres livres signés par Armel Guerne figurent sur les catalogues en ligne des libraires d'ancien et se trouvent en chinant chez les bouquinistes, La nuit veille – parce que peu d'exemplaires furent vendus, sans doute, de la première édition – comptait jusqu'alors parmi les introuvables, recherchés des lecteurs. Jean Moncelon et Intexte remercient l'Association des Amis d'Armel Guerne d'avoir rendu possible la parution nouvelle de ce livre, en ouverture de la collection « D'Orient et d'Occident ».


armel guerne

Aux éditions Le Capucin
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Les Veilles du prochain livre, 2000
Journal 1941-1942, 2000
Le Livre des quatre éléments, 2001
Lettres de Guerne à Cioran, 2001
Le Temps des signes, 2005
Danse des morts, 2005
Mythologie de l'Homme, 2005
Armel Guerne - Don Claude Jean-Nesmy, Lettres 1954-1980, 2005
Contes de Grimm traduits par Armel Guerne :
-----Le Roitelet, illustré par Eva Vincze, 2005
-----Le Petit Chaperon Rouge, illustré par Myriam Heinzel, 2005
-----Le Roitelet et l'Ours, illustré par France Haudot, 2005
-----Hans-mon-Hérisson, illustré par Bruno Guittard, 2005
-----Les Sept Corbeaux, illustré par Myriam Heinzel, 2005

Aux éditions Fédérop
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Fragments, 1985

Aux éditions Phébus
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L'Âme insurgée, 1977
Les Romantiques allemands, 2004
Herman Melville, Moby Dick, 2005
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[1] Vierges romanes, photographies de Pierre Belzeaux et Jean Dieuzaide, textes médiévaux traduits par Armel Guerne et Élisabeth de Solms, éditions Zodiaque, collection « Les Points cardinaux », Atelier monastique du Cœur-Meurtry de l'abbaye Sainte-Marie de La Pierre-qui-Vire, 1961.
[2] Les Jours de l’Apocalypse, poèmes d’Armel Guerne, Visions de Saint Jean dans la traduction de Philippe de Mésenguy, éditions Zodiaque, collection « Les Points cardinaux », 1967.
[3]Armel Guerne, Les Romantiques allemands, collection « Libretto », éditions Phébus, 2004 (première édition  Desclée de Brouwer, 1956 ; nouvelle édition, 1963). Phébus avait publié en 1977, sous le titre L'Âme insurgée, les écrits d'Armel Guerne sur le Romantisme.

 

Portrait d'Armel Guerne : © Les Amis d'Armel Guerne asbl.


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> 1954 : la presse accueille La nuit veille
(Dossier de presse de l'édition originale)

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> Site de l'association des Amis d'Armel Guerne

> Armel Guerne sur le site D'Orient et d'Occident
de Jean Moncelon

> Lire quelques extraits de La nuit veille

> Retour à la page d'accueil Aurora
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