
Les poètes d’Orient représentés dans cette anthologie ont tous pratiqué la « danse de l’âme », ce qui est une autre manière de dire qu’ils furent des expérimentateurs de la voie initiatique que l’on désigne sous le nom de soufisme (al-tassawuf), chacun à sa manière naturellement, en relation avec sa propre vocation spirituelle.
Il en est ainsi pour la plupart des grandes figures de la poésie orientale, comme d’ailleurs en Occident, dans un contexte chrétien, des poètes que l’on dit mystiques. Ce n’est qu’à une époque relativement récente que la pratique de cette « danse de l’âme » a conduit les poètes à la folie que l’on sait (Nerval, Nietzsche, Hölderlin). C’est ce qui confère à notre monde moderne son caractère tragique, spécialement pour les poètes. Or, comme la pratique de la danse de l’âme ne saurait plus se pratiquer en Occident qu’au risque de la folie, depuis le commencement du vingtième siècle, les poètes ont pris refuge dans le langage lui-même. C’est ainsi qu’ils estiment que les mots constituent leur vraie patrie – mais les mots qui ne disent rien d’autre qu’eux-mêmes ne sont pas le langage rythmé du temps ancien.
« Habiter poétiquement », dira Heidegger, certes, c’est de cela qu’il s’agit pour les poètes, mais en connaissance du temps ancien, et non seulement dans « le temps de la détresse , dans l’aspiration à rejoindre la « vraie patrie » et non dans l’illusoire refuge des mots. L’exercice de la « danse de l’âme » passe par une telle connaissance, et les conditions mêmes de cet exercice par une initiation. C’est ce que nous enseignent au final les poètes d’Orient. Il ne suffit pas d’éprouver la nostalgie du temps ancien, le temps paradisiaque, ni de souffrir jusqu’à la folie et le suicide (Paul Celan) de son temps actuel, qui est effectivement, en Occident, le temps de la détresse, mais de s’inscrire dans une dimension de connaissance, qui est celle des prophètes.
C’est ainsi que Novalis, le dernier poète à avoir pratiqué en Occident la véritable « danse de l’âme », dira, dans son fameux Monologue : « Seul celui qui a le sentiment profond de la langue, qui la sent dans son application, son délié, son rythme, son esprit musical ; - seul celui qui l’entend dans sa nature intérieure et saisit en soi son mouvement intime et subtil pour, d’après lui, commander à sa plume ou à sa langue et les laisser aller : oui, celui-là seul est prophète. »
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« Comment l’âme pourrait-elle ne pas prendre son essor, quand, de la glorieuse Présence, un appel affectueux, doux comme le miel, parvient jusqu’à elle et lui dit : Élève-toi !
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« Comment le soufi pourrait-il ne pas se mettre à danser, tournoyant sur lui-même comme l’atome, au Soleil de l’éternité, afin qu’il la délivre de son âme périssable ? Vole, vole, oiseau, vers ton séjour natal, car te voilà échappé de la cage et tes ailes sont déployées. Éloigne-toi de l’eau saumâtre, hâte-toi vers la source de la vie. »
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Djalâl-od-Dîn Rûmî , cité par Eva de Vitray-Meyerovitch, Islam, l’autre visage, Critérion, 1991, p. 82., Djâvid-Nâma.
Table des matières de La Danse de l'âme
…La Langue des Oiseaux et la Danse de l’âme
(Introduction de Jean Moncelon)Ibn Farid
Poèmes extraits du Diwan d’Omar-ibn-Fâredh
présentés par Jean-Baptiste Grangeret de la Grange, 1823.Hâtif Isfahâni
Deux Odes mystiques
présentées par Joseph-Marie Jouannin, 1827.
Trois Odes mystiques présentées par Charles Defrémery, 1856.Hâfiz
« Coup d’œil sur la vie et les écrits de Hâfiz »
par Charles Defrémery, 1858.Djâmi
Oïna et Riyâ, poème traduit par Antoine-Léonard de Chézy, 1822.
« Notice sur Djâmy et son Béhâristân »
présentés par Jean-Baptiste Grangeret de la Grange, 1825.Saadi
« Saadi, auteur des premières poésies hindoustani » par Joseph Garcin de Tassy, 1843.
Extraits du Bostan de Sa’di par Charles Defrémery, 1859.Bâbâ Tâhir
« Les Quatrains de Bâbâ Tâhir ‘Uryân » par Clément Huart, 1885.
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